SENTIER
DES MULETIERS
LE BEZ
Au tout début (12eme siecle ?),
la ferme du Bez était une dépendance agricole de l’Abbaye des Chambons de
Borne. A la suite de la
Révolution , l’Etat français s’empara, comme partout sur le
territoire national , des biens de l’Eglise.
Le domaine du Bez fut vendu à la famille Barrial,
ancêtre des propriétaires actuels.
Grace
à sa position géographique, le Bez s’imposa alors comme relais sur les chemins
et drailles qui s’y croisaient : le chemin d’Aubenas vers la Lozère et l’Aubrac et le
chemin des Vans vers les hauts plateaux de l’Ardèche et du velay. A la fois
ferme et auberge, on assurait en ce lieu le gîte et le couvert aux voyageurs
mais aussi l’étable ou l’écurie à leurs animaux…
Albin
MAZON, dans son « voyage autour de Valgorge » mentionne, entre
autres, ce lieu comme ayant été fréquenté par les muletiers tant et si bien
que l’auberge était renommée pour « sa grande marmite
d’un hectolitre ».
Les
muletiers montaient le vin, les châtaignes et les fruits des Cévennes, ils y
descendaient le beurre, le fromage et les pommes de terre de la montagne. Les
maquignons « d’en bas »faisaient halte au Bez lorsqu’ils se rendaient
ou revenaient des foires du Béage, de Ste Eulalie ou bien de Nasbinal ou
d’Aumont-Aubrac car ils savaient que là, ils pouvaient se restaurer et se loger
et que leurs bestiaux seraient à l’abri et auraient du foin pour reprendre des
forces. Les colporteurs s’y arrêtaient mais aussi les collecteurs de gentiane,
les cueilleurs de plantes médicinales ( calament, reine des prés, arnica,
digitale, pensée, bourrache, millepertuis etc…), sans parler des ramasseurs de
vipères, les rémouleurs, les étameurs, les ravaudeurs, les matelassiers
ambulants…
Enfin, dès le 19eme siècle, des
touristes ont fréquenté cet endroit : les uns pour le bon air réparateur,
les autres pour la pêche à la truite fario, ou même pour des « expéditions »
nocturnes dans le seul but d’admirer le lever du soleil depuis le Tanargue,
certains pour herboriser, d’autres pour laisser guider leurs plumes par la muse
Nature, tous ou presque goûtaient à la fête gourmande de la tartine de beurre
fraichement sorti de la baratte
agrémenté du miel de sapin ou de la gelée de framboises sauvages ;
peu boudaient l’omelette aux mousserons de juin ou celle aux cèpes de septembre
, ils se régalaient en juillet, à l’ombre des frênes de la rosette de l’hiver,
tendre et si parfumée ou de la tomme grasse bien charpentée.
Le
Bez offre depuis 1858 aux gens de passage un point de repère particulier :
il s’agit de la chapelle dédiée à Notre Dame des
Voyageurs exactement située sur la ligne de partage des eaux Atlantique-Méditerranée.
Cette chapelle fut édifiée par les Barrial à la
suite d’un vœu. Une épidémie ravageait les troupeaux ; Louis Barrial se
promit de construire une chapelle si cette malédiction cessait : il tint
parole…
Aujourd’hui,
Le Bez est toujours voué aux voyageurs, aux touristes, aux randonneurs :
deux routes s’y croisent ainsi que trois sentiers de
grande randonnée ( le GR4, le GR7 et le GR72), le Tour de la Montagne Ardéchoise
y passe aussi. Même si les ânes bâtés des randonneurs ont remplacé
les mules des muletiers et l’appareil photo le carnet du poète, l’esprit du
lieu et sa mémoire demeurent ; l‘accueil est toujours chaleureux et la table
gourmande.